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Derniers travaux allemands sur la légende da saint Graal.
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de grandes génisses là où sont les taureaux» répliqua-t-elle[1]. Voilà certes un parler franc et primitif. Les gens qui parlaient ainsi ne devaient guère dépasser le niveau des Zoulous ou des Maoris actuels. C'est précisément le mérite des anciennes traditions irlandaises de nous révéler une société très archaïque. Mais état social peut ètre rude sans que pour cela la tendresse conjugale fasse défaut, je n'en veux pour preuve que l'Iliade ou la Gense, je n'en veux pour preuve que ce même conte des fils d'Usnech. Quand Noisé a été tué par trahison, Deirdre se lamente sur lui:

«Chéri, joli! séduisante était ta beauté. Bel homme, fleur attrayante! La cause de ma tristesse est que désormais je n'attends plus le retour du fils d'Usnech.

Bien-aimé à l'esprit ferme et droit! Bien-aimé, guerrier noble et modeste! Aprés avoir traversé les bois d'Irlande, doux était avec lui le repos de la nuit.

Bien-aimé à l'œil bleu, amour de sa femme, mais redoutable aux ennemis! Après avoir parcouru la forêt, on se retrouvait au noble rendez-vous. Bien-aimée sa voix de ténor à travers les bois noirs.

Je ne dors plus moitié de la nuit dans mon lit. Mon esprit voyage autour des foules, mais je ne mange ni ne souris.

Ne brise pas aujourd'hui mon cœur; j'atteindrai bientôt ma tombe prématurée. La douleur est plus forte que les vagues de la mer, le sais-tu, ô Conchobar?[2]»

M. Foerster peut-il citer dans la plus ancienne litterature francaise un passage aussi passionne, aussi tendre, aussi « in- nig » que celui-la ?

Si M. Foerster etait tant soit peu au fait de la plus ancienne litterature celtique, il saurait que tout ce qui se rattache a la vie conjugale y joue un grand role. Rappelons seulement qu'un des genres dans lesquels etaient divisees les histoires que devait connaitre un ollanih etait celui des « tochmarca » ou epousailles, un autre celui des « aitheda » ou enlevements, et

1. Je cite d'apres la traduction de M. Ponsinet, Rev. des Trad. Pop., Ill, 201-207 M. Ponsinet parait avoir fait un contresens dans sa traduction.

2. Comme ce poeme n'est pas narratif, je pense que M. Zimmer ne I'annexera pas au profit des Vikings qui, selon lui, ont appris aux Celtes

Tart de raconter en vers.

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