Page:A dictionarie of the French and English tongues - Cotgrave - 1611.djvu/10

This page needs to be proofread.

Au favorable Lecteur François.


Lecteur, l'Auteur de ce livre (Gentilhomme Anglois, à qui son propre Pays &, sur tout, le notre ont vne obligation particuliere, qu'ilz ont à peu d'autres) apres avoir peniblement veillé & travaillé par plusieurs ans, sur cet oeuvre, non moins, certes, ingrat que laborieuz; En fin est contraint de le laisser partir de ses mains, plutot vaincu de l'importunité de ses Amis, & de la necessité que le Public en a, que satisfait en son ame de son propre ouvrage. Et t'assure que si on l'eut voulu croire, il fût encore apres à se tourmenter, pour trouver la signification de telz mots, qui, possible, ne seront jamais plus ouyz en ce monde, (quoy que luz) & dont, ie croy, il n'y a personne qui ait ouy parler depuis cent ans, que luy; tant sa curiosité a eté grande & exacte à lire toute forte de livres, vieuz & nouveauz, & de tous noz dialectes. A cette cause, peur, possible, qu'ayant égard à ce que tu voys, non à ce que tu ne voys pas, tu l'accuses plutot de ce qu'il a dit, que de ce qu'il a eté contraint de laisser; qui toutefois seroit vn tresor inestimable, s'il eût pu trouver, ou pardeça, ou en France mesmes (où il a eté si curieuz d'envoyer expres) qui l'eut pu, ou voulu resoudre de ses doutes; Il te suplie bien fort, si tu trouves icy quelques mots qui te sonnent mal auz oreilles, ou mesme qui n'y ayent encore iamais sonné, de croire, qu'ilz ne sont point de son invention, mais recueilliz de la multitude & diversité de noz Auteurs, que possible tu n'auras pas encore luz, & qui, tant bons que mauvais, desirent tous d'estre entenduz. Il pouvoit bien citer le nom, le livre, la page, & le passage; mais ce n'eut plus icy eté vn Dictionaire, ains vn Labirinte. Ceuz qui ne les sauront pas, les aprendront; Ceuz qui les sauront, jugeront bien que l'ignorance, possible, d'vn seul mot, soit substanciel, metaforique, inusité, ou tiré de la varieté des Ars, peut souvent obscurcir tout vn sens, & rendre barbares les conceptions les plus gentilles. Permis à qui voudra d'en vser, ou de les laisser; Bien entendu, toutefois, que ce ne seroit pas le pis qui nous pût arriver, que de remettre suz, certains mots sur-annez, que nous avons mieuz aimé laisser perdre, quoy que trespropres & significatifs; Et autres de notre propre cru, bien que de divers terroir, allans plutot mandier chez les Etrangers pour nous exprimer, ou bien nous taisans du tout, ou parlans par vn long contournement de paroles, que d'ouvrir vn peut la bouche pour en prononcer quelques vns qui sembloyent trop revesches pour la douceur du palais de noz Damoiselles, ou grater l'oreille delicate de Messieurs noz Courtisans de ce tems-cy. Quant auz fautes de l'Impression, l'Autheur ne les peut totalement prendre sur soy, ne niant pas qu'il n'en soit eschapé assez, comme aussi possible en quelques endroits, quelque impropre interpretation; esperant bien toutefois, que les vnes ny les autres ne seront pas si grandes que ta courtoisie n'y puisse bien suppleer. A tant, Il recommande son oeuvre à ta bonne reception, & moy ie demeure

Ton tres affectionné Patriotte,

I. l'oiseav de Tourval, Parisien .